Mangia Mina 2015

Landscape 1-5
Archival pigment print on Hanemühle paper, 86 x 130 cm
CAC Nei Liicht, Dudelange (L), 2015

«Claudia Passeri «part souvent d’un lieu ou d’un imaginaire lié au lieu». En l’occurrence, à Dudelange, dans cette maison d’un ancien baron du fer qu’est aujourd’hui le Centre d’art Nei Liicht, le point de départ est d’une évidence socio-historique, à savoir: la figure du mineur. Et plus précisément, le «mangia mina», le mange (la) mine, celui- là qui, selon une expression italienne un tantinet péjorative, montre du doigt le travailleur quasi héroïque, son excès de zèle, son abrutissement aussi. Et puisqu’il s’agit de partir du lieu, toutcommence dans le jardin, là où fut rapatriée la gigantesque statue que le sculpteur Albert Kratzenberg réalisa pour le Pavillon luxembourgeois à l’Expo universelle de New York de 1939. Et Claudia de prendre appui sur cette «représentation forte, taxée d’allégorie de l’artisanat», sauf que «cette oeuvre relève aussi de la propagande, de l’idéologie stakhanoviste ou fascisante du travailleur, qui masque une réalité détestable». C’est dire si l’exposition n’entend pas être un hommage. Pas une once non plus de nostalgie. Ce serait, d’ailleurs, mal connaître les ressorts de Claudia, adepte des temps confondus et des images détournées.

Tout au long de l’exposition, passé et présent jouent donc à cache-cache, lumière et ombre, silence et voix, symbole et humaine contingence. Sous les aisselles. C’est le monument qui entame le parcours, et c’est aussi lui qui le clôt. Avec, dans la première salle, un tas d’affiches, aussi compact qu’un bloc de pierre, comme si L’homme au marteau avait été déboulonné, avant d’être fragmenté puis aplati, réduit à une feuille imprimée, que chacun peut emporter.

A la fin, dans la dernière salle, une réplique miniature, collée de dos, fait mine de bouder le géant commandeur de béton, sentinelle de jardin qui, de la fenêtre, ne quitte pas le visiteur des yeux. Dans cette même salle, une installation sonore: une voix qui, comme un mantra, récite en boucle (de 5 minutes) un texte, Time and Sweat – écrit par Pietro Gagliano –, lequel se réfère à Metropolis, film expressionniste de science-fiction de Fritz Lang de 1927, pour ensuite débobiner, en strates, des temps industriels, politiques et virtuels, ce, jusqu’en 2013 – cette année-là, à New York, le mouvement contestataire «Occupy Wall Street» faisait trembler le monde avec DebtClock, le compteur de la dette publique.»